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Paris, avril 1964
dimensions : L73xH92 cm
support : toile
technique : huile
dominante(s) : bleu

Paris, 10 avril 1964, rue Maître-Albert, une cour d’immeuble. Suie, peinture écaillée, cage d’escalier sombre où se bousculent les poubelles en zinc mal nettoyées. Par à-coups : les bruits de la cuisine du restaurant. Odeur de friture et de bouillon. La fraîcheur agréable de l’ombre de la cour, un ciel d’été.

Éric Hazan parle ce cette rue dans L’Invention de Paris, page 30 de l’édition poche :

[…] le Moyen Âge n’a pas disparu de Paris au XIXe siècle […] Et jusqu’à la fin des années 1950, les ruelles entre Maubert et la Seine – rues de Bièvre, Maître-Albert, Frédéric-Sauton –, le quartier Saint-Séverin, la rue Mouffetard, étaient encore sales et misérables. Dans son parcours parisien du côté des pauvres Jean-Paul Clébert décrit les cuisines de la rue Maître-Albert, « cette ruelle en coude qu’évitent les inhabitués, invisibles de la chaussées et dans lesquelles on pénètre par le côté, empruntant le couloir d’accès aux étages, et il faut pousser une porte au hasard, la première à tâtons, pour tomber d’une marche dans une salle grande comme une cage à poules, en pleine famille [1]. » À la Contrescarpe on rencontrait plus de clochards que de situationnistes, et dans certains cafés il n’était pas facile d’entrer pour qui n’était pas alcoolique et déguenillé. Il n’y avait là ni touristes, ni restaurants, ni boutiques. Les hôtels louaient des chambres à la journée à des travailleurs immigrés auxquels on ne demandait pas leur papier.

Le quartier est alors en pleine transformation, Hazan : "La spéculation immobilière des années 1960 a réussi là où le canon et la peste avaient échoué".

Mais c’est à l’intérieur qu’est cet autre tableau, dans un immeuble, dans un salon. Il représente deux autres tableaux, tronqués, toujours en devenir, à compléter.

Le soir, dans l’escalier qu’on monte en courant, on bouscule la tante Paule (qui porte quoi et qui vient d’où avec ?), un peu du sang de son seau se renverse, "eh mon boudin !" crie-t-elle, la dernière dans tout Paris à le faire elle-même c’est certain, à la mode créole. Et tout le monde sentira les épices, l’oignon et le sang, c’est la cour entière qui prendra du relief, tandis que là-haut sur le zinc, le ciel disparaîtra.


[1Paris insolite, Jean-Paul Clébert, Denoël, 1952